Le vent cogne à ma fenêtre. Le ciel est noir, pas de lune, ni d'étoiles en vues, seulement les formes troublent de la forêt qui avale les champs au loin. Je me prépare à la lueur de quelques chandelles incertaines, zieutant mon reflet déterminé. Le vent siffle mon nom, il est bientôt l'heure. Je revêts doucement ma colère. Elle m'accueille comme une vieille amie. Qu'est-ce qu'elle m'a manqué. Je la touche du bout des doigts, fébrile. Elle se moule parfaitement à mes épaules, mes seins et mon ventre. Je peux sentir sa chaleur sur mon utérus, mes hanches et mes cuisses. Mon armure, ma tendre protectrice, ma confidente. [[Je respire enfin.]]Je la décore d'or et de dentelles. J'orne ses nuances de pierres précieuses. D'un pinceau doré, je trace des sceaux de protection sur mes poignets. Je peins les symboles de ma puissance dans mes paumes et sur mes pieds. (text-style:"shadow","tall")[(text-style:"shadow")[Je suis créatrice, force et mémoire].] La charpente de ma chaumière craque, plus que quelques secondes avant l'heure. Je colore mes lèvres de mon sang, qui, trop souvent, était le seul à couler et j'utilise les dernières gouttes pour dessiner les phases de la lune sur mes clavicules. Ce soir, je serai la seule à porter la lune. Ni même le ciel n'aura ce privilège. [[Ma porte s'ouvre, le vent m'attend.]]L'air est dense. Le vent hurle. J'arrive. Devant moi s'étend des milliers de soldats en armure, leur lame prête à me lacérer le corps. Je n'ai pas peur. Je préfère leurs épées tranchantes à leurs mains insatiables. Je préfère le vent mordant à leur souffle chaud dans mon cou. Je ne serai plus une amante, je suis le monstre qu'ils s'amusent à dépeindre conquis dans leur livre. [[Je suis la bête, rugissante.]]Je vois leurs yeux équarquillés et je sens leur coeur s'affoler dans mes tempes. Trop souvent, ils se sont racontés leur domination, ma petitesse, ma fragilité. Leur torse, si fort habituellement, tremble sous leur emblème serti d'argents pillés. Ont-ils naïvement oublié que toutes ces tragédies n'étaient qu'entraînement? Que pendant qu'ils riaient de me voir éponger mon corps sanglant, je notais leurs failles et leurs faiblesses? J'ai appris à connaître le goût de mon sang, à reconnaître mon histoire. J'y ai découvert ma force, [[mon destin.]](text-style:"shadow","tall")[(text-style:"shadow")[Je suis l'éternelle défenseure. Prosternez-vous devant moi, vous qui ne savez que craquer les allumettes, vous qui ne connaissez rien à la rage du feu. Prosternez-vous devant ma grandeur, où je me ferai une épée de vos os.]]Je me regarde une dernière fois, je suis magnifique. En passant le pas de la porte, je dépose sur ma tête une majestueuse couronne finement forgée de rage et d'or. Dans mes veines coulent les tragédies de mes aïeules. Leur coeur bat contre le mien et je peux les sentir avancer avec moi. (text-style:"shadow","tall")[(text-style:"shadow")[Je suis immuable, vengeance et justice.]] Sous mes pieds, l'herbe humide frissonne et, au loin, s'élève le chant de mes ancêtres, tombées au combat. Mes pas s'accélèrent. [[Il est temps de renverser l'histoire.]]